L’ukiyo-e et la gravure japonaise
L’estampe japonaise est le plus souvent appelée ukiyo-e, terme qui s’applique en fait autant à la peinture qu’à la gravure même si c’est en grande majorité à cette dernière technique que l’on doit l’associer.
Cette terminologie en dit long sur la nature de l’estampe japonaise, que l’on ne peut réduire ni à la technique ni à l’épreuve. Ukiyo-e, littéralement « images du monde flottant » vient de ukiyo, un mot à connotation mélancolique, traduisant dès le IXe siècle, un monde de tristesse et d’affliction, un monde évanescent, selon la pensée bouddhique.
Dans un glissement de sens opéré par homophonie au XVIIe siècle, le terme vint à signifier un monde de plaisirs et de désirs aussi fugitifs que fluctuants. Largement attestée à la fin du XVIIe siècle, son utilisation qualifie à la fois un individu, un roman ou une image, désignée spécifiquement par ukiyo-e (le suffixe e signifiant image, représentation).
Dès l’origine, le thème de l’ukiyo-e se développe autour de deux pôles : l’univers extravagant, chatoyant et populaire du théâtre kabuki (yakusha-e) et celui manifestement érotique et hédoniste du quartier des plaisirs de Yoshiwara qui donneront lieu à des représentations de courtisanes et de jolies filles (bijin-ga) et de scènes érotiques (shunga). A ses scènes de genre s’adjoignent les fleurs et les animaux (kachô-e), les luttes de sumô, les batailles (musha-e), le paysage..
La technique de la xylographie, appliquée dès les années 1660 à la production en masse de l’ukiyo-e, est issue d’une tradition beaucoup plus ancienne, parvenue au Japon par la Chine au cours du VIIIe siècle. Exploitée à des fins religieuses juste après son introduction, elle était délaissée par les commanditaires laïcs qui lui préféraient la peinture ou l’enluminure, techniques plus nobles et plus luxueuses.
Lorsque le commerce et l’artisanat s’enrichirent, une classe sociale moyenne se constitua, trop modeste pour acheter des oeuvres d’art mais éprise de reconnaissance et de culture populaire. Les marchés du livre et du calendrier illustrés trouvèrent avec l’estampe de nouveaux débouchés. Des estampes tirées en un petit nombre d’exemplaires, sur un papier et avec des matériaux plus luxueux étaient cependant encore produites pour des amateurs plus fortunés au goût plus raffiné et pour des occasions particulières, comme les anniversaires par exemple.
Sur certaines, appelées surimono, on employait des rehauts de mica, de laque, d’or ou d’argent et l’on procédait éventuellement à des gaufrages. Les premières estampes étaient monochromes (sumizuri-e). Simples illustrations pour romans populaires au début, elles sont conçues indépendamment de tout texte dès 1673 (sous le nom de ichimai-e), même si l’écriture hantera les estampes pendant encore longtemps. Hishikawa Moronobu (1618-1694) est le premier artiste d’envergure à avoir signé ses estampes à partir de 1672.
Rapidement les sumizuri-e sont agrémentées de couleurs, posées au pinceau directement sur la feuille. Désormais vendues séparément, elles seront suspendues ou collées sur des panneaux ou des piliers. Les premières harmonies chaudes de jaune et rouge orangé (tan-e) sont supplantées dès 1710 par un rose pourpre (beni-e).
Un ultime raffinement fut apporté à l’art de l’estampe coloriée à la main par l’ajout occasionnel dès les années 1730 d’un noir brillant obtenu par un mélange de colle de poisson et d’encre. Conservant l’aspect profond de laque, cette teinte était utilisée pour souligner certains détails des vêtements ou la chevelure. La réalisation d’une estampe ukiyo-e résulte d’un travail collectif de quatre personnes : l’éditeur, l’artiste (le dessinateur), le graveur et l’imprimeur. Les fonctions sont très spécialisées mais toujours étroitement coordonnées.
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